L’entreprise étendue : nouveaux rôles pour les RH et nouveaux outils

Le nombre de free-lances ou travailleurs indépendants ne cesse de s’accroître et les entreprises tendent à devenir des organisations ‘étendues’, articulant de manière agile main d’œuvre salariée et main d’œuvre externe non-salariée, dans un contexte de marché du travail en pleine mutation et de droit du travail en évolution…

Si au départ les freelances étaient principalement des professionnels en informatique, communication ou conseil, dorénavant tous les métiers sont concernés, avec l’évolution des mentalités et l’arrivée sur le marché du travail de la génération ‘millennials’. Beaucoup ont un rapport différent au monde du travail et n’adhèrent pas au fonctionnement actuel des entreprises ; ils recherchent plus d’autonomie pour organiser leur temps et plus de liberté pour choisir de s’engager sur les missions qui leur plaisent.

L’émergence des plateformes ou ‘marketplaces’ dédiées aux freelances

Comment disposer d’un écosystème ou vivier de ressources externes pour accompagner leur transformation, comment le gérer et l’animer… voilà les nouveaux enjeux des entreprises étendues.

Pour répondre à l’ampleur de ce phénomène, de nombreux outils en ligne, de type plateformes d’intermédiation, se sont multipliés depuis quelques années, pour organiser la mise en relation entre indépendants et entreprises. Ainsi, la start-up issue de la Silicon Valley, Upwork (ex-oDesk) est aujourd’hui le leader mondial et met en relation 12 millions de freelances avec 5 millions de clients sur sa plateforme, et 3 millions d’annonces y sont postées chaque année dans 180 pays. En France, le leader actuel est Malt, ex-Hopwork, créé en 2013, qui revendique aujourd’hui 60 000 freelances et près de 40 000 entreprises inscrites sur sa plateforme et souhaite accélérer son développement à l’international. Derrière lui, on trouve des plateformes généralistes comme Findeur, Viadeo Freelance, Twago, ProvideUp ou au contraire des plateformes spécialisées, par exemple dans le numérique comme XXE.

Cependant, la compétition entre plateformes s’accélère avec l’arrivée sur ce marché de spécialistes RH traditionnels. Ainsi, le groupe Adecco, spécialiste de l’emploi, a annoncé en octobre 2017 le lancement d’une nouvelle marque à destination des indépendants, baptisée ‘Yoss’ pour ‘Your own boss’.

Ces nouvelles ‘marketplaces’ sont un peu le Airbnb des indépendants et les participants, indépendants et entreprises, peuvent être notés sur les missions accomplies.

En plus de la capacité de mise en relation, pour attirer et fidéliser les meilleurs profils experts, les plateformes peuvent nouer des partenariats pour leur assurer des services à des tarifs avantageux, à l’instar du groupe Adecco avec le groupe Harmonie Mutuelle pour la protection santé ou la start-up Qonto qui propose une offre bancaire en ligne. Le groupe Adecco propose également aux indépendants un outil de gestion administrative, avec notamment un paiement accéléré en 3 jours, une responsabilité professionnelle automatique ou encore un archivage automatique des devis et contrats.

Les plateformes cherchent également à innover avec des fonctionnalités avancées comme le ‘matching’ direct, le contact automatisé des freelances selon des algorithmes, la capacité de solliciter pour des interventions ponctuelles à distance inférieures à la journée, etc…

La compétition entre les plateformes n’en est qu’à ses débuts…

Un nouveau positionnement pour la fonction RH

La fonction RH doit repenser sa mission en tenant compte de l’ensemble des populations qui contribuent à la performance de l’entreprise : salariés sous contrat de travail et main d’œuvre étendue sous contrat commercial. Or, jusqu’à présent cette main d’œuvre étendue a plutôt été gérée par le département Achats ou par les Business Units directement, car il ne s’agit pas de contrat de travail. Le DRH doit par conséquent repenser sa stratégie et englober dans son périmètre RH les personnes externes de type freelances.

Au-delà de la recherche de compétences par le recours aux plateformes de freelances, la RH doit faire évoluer sa politique RH étendue aux freelances pour attirer, fidéliser, voire même former son vivier de talents. Les critères de sélection de cette main d’œuvre étendue évoluent au-delà de l’esprit d’entrepreneur ils doivent posséder des qualités de savoir-être afin de se fondre dans la culture de l’entreprise d’accueil. Aujourd’hui ces ‘soft-skills’ sont essentielles car les entreprises recherchent des personnes ayant des qualités d’écoute, d’empathie et un bon relationnel.

Pour contribuer à renforcer l’appartenance au groupe et fédérer les différentes communautés de collaborateurs (internes ou externes), les RH tendent à proposer un environnement de travail homogène et sans distinction sur les modalités de contrat. Ainsi on observe un traitement identique pour les usages de messagerie, restaurant d’entreprise, conciergerie et l’accès aux outils collaboratifs RH internes qui deviennent étendus aux non-salariés de l’entreprise.

Les missions de la DRH évoluent et la fonction de ‘Chief Freelance Officer’ apparait même, dans certains grands groupes. La fonction RH s’organise pour piloter, gérer et prendre en compte sous sa responsabilité la main d’œuvre étendue.